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jeudi, décembre 11, 2025

Sénégal : le bras de fer s’installe entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

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Aïssatou Faye-Johnson
Aïssatou Faye-Johnson
Correspondante au Sénégal

Le tandem qui incarnait la rupture politique au Sénégal s’expose désormais à une crise ouverte. Le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko s’affrontent autour du contrôle de la coalition « Diomaye Président », symbole de leur victoire commune.

L’union politique qui a porté le duo Diomaye Faye–Sonko au pouvoir semble vaciller. Depuis le 11 novembre au soir, le président sénégalais et son Premier ministre se livrent un duel à distance, ponctué de communiqués officiels et de prises de position contradictoires.
Au cœur du conflit : la direction de la coalition « Diomaye Président », plateforme née pour soutenir la candidature de Bassirou Diomaye Faye lors de la présidentielle de 2024, à une époque où Ousmane Sonko, frappé d’inéligibilité, ne pouvait se présenter.

Un remplacement qui sonne comme une mise au pas

Mardi soir, le président Faye annonce la démission d’Aïda Mbodj — figure proche d’Ousmane Sonko et présidente de la coalition — pour la remplacer par Aminata Touré, conseillère spéciale du chef de l’État et stratège de sa campagne électorale.
Un choix perçu comme un désaveu cinglant envers le Premier ministre.
Quelques jours plus tôt, lors d’un grand meeting à Dakar, Ousmane Sonko avait pourtant assuré qu’« il n’y aurait pas de changement à la tête de la coalition ».

Cette annonce présidentielle remet donc en question la hiérarchie politique au sein du camp du pouvoir, et met en lumière des divergences de stratégie entre les deux hommes.

Riposte immédiate du Pastef

La réaction du Premier ministre n’a pas tardé. Ousmane Sonko a convoqué une réunion d’urgence du bureau politique du Pastef, son parti, qui a rejeté la décision du président.
Dans un communiqué au ton ferme, la formation affirme que Bassirou Diomaye Faye « n’a pas compétence à démettre » Aïda Mbodj, rappelant que la coalition « Diomaye Président » n’est pas une structure rattachée à la présidence mais une alliance politique distincte.
Le Pastef refuse également la nomination d’Aminata Touré, estimant qu’elle ne partage « ni les valeurs ni les principes » du mouvement.

Un affrontement révélateur d’un double pouvoir

Ce bras de fer met en lumière une ambiguïté persistante : celle du partage réel du pouvoir entre les deux hommes qui avaient promis une gouvernance collégiale.
Depuis leur arrivée au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye, le juriste discret, et Ousmane Sonko, le tribun charismatique, semblaient former un tandem solide. Mais les tensions se sont progressivement installées sur la répartition des rôles et sur le contrôle des leviers politiques.

Pour plusieurs observateurs, ce conflit interne traduit une rivalité de leadership entre l’institution présidentielle et un Premier ministre qui demeure, dans l’opinion, la véritable figure politique du régime.

Un test pour la stabilité du pouvoir

Cette querelle autour d’un poste symbolique pourrait peser sur la cohésion du camp présidentiel. La coalition « Diomaye Président », initialement conçue comme un instrument d’unité et de transition démocratique, devient désormais le théâtre d’un affrontement qui risque de fracturer la majorité.

Reste à savoir si Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko trouveront un terrain d’entente ou si cette crise marquera le début d’une recomposition politique prématurée.

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