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jeudi, décembre 11, 2025

Gabon : le procès du clan Bongo s’ouvre sans Sylvia ni Noureddin

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À Libreville, la justice gabonaise ouvre ce lundi 10 novembre le procès de la « Young Team », proche du clan Bongo. Douze chefs d’inculpation pèsent sur Sylvia Bongo, son fils Noureddin et onze anciens hauts responsables du régime. L’épouse et le fils de l’ex-président, réfugiés à Londres, refusent de comparaître.

Sylvia Bongo, Ancienne Première dame du Gabon

C’est un procès hautement symbolique qui s’ouvre au Gabon : celui du système Bongo, au pouvoir pendant plus d’un demi-siècle. Si l’ancien chef de l’État Ali Bongo Ondimba n’est pas sur le banc des accusés, son épouse Sylvia, son fils aîné Noureddin, ainsi qu’une dizaine de leurs proches collaborateurs doivent répondre de lourdes charges devant une cour criminelle spéciale.

Surnommé la « Young Team », ce cercle restreint de jeunes cadres accusés d’avoir accaparé les leviers politiques et financiers du palais présidentiel fait désormais face à la justice. Au total, douze chefs d’inculpation : détournement de fonds publics, corruption, blanchiment de capitaux, association de malfaiteurs, faux et usage de faux, ou encore contrefaçon des sceaux de la République.

Procès sans les principaux accusés

Depuis le mois de mai, Sylvia et Noureddin Bongo ont quitté le Gabon, autorisés à rejoindre Londres par le général-président Brice Clothaire Oligui Nguema. En contrepartie, ils devaient s’abstenir de toute prise de parole publique. Mais leurs interventions récentes contredisent cet engagement : vidéos diffusées sur les réseaux, tribunes dans la presse française, et dénonciation d’un « procès spectacle » téléguidé, selon eux, par le nouveau pouvoir.

Noureddin Bongo, dans un entretien à Le Point, a nié tout détournement d’argent. En France, leurs avocats ont déposé plainte pour « détention arbitraire » et « torture » lors de leur incarcération après le putsch du 30 août 2023.

Une justice qui se veut exemplaire

« La justice va dorénavant s’exprimer avec rigueur, sans préjugés et sans qu’il n’y ait de passe-droits », a assuré le procureur Eddy Minang, en ouverture du procès. Parmi les témoins attendus figure Brice Laccruche Alihanga, ex-directeur de cabinet d’Ali Bongo, lui-même emprisonné plusieurs années sous le régime de la « Young Team ».

La société civile gabonaise, elle, réclame une justice sans concession. « Nous attendons tout simplement que les coupables paient », affirme Ghislain Ngui Nze, porte-parole du collectif Les Citoyens indignés, qui dénonce l’arrogance de l’ancienne Première dame et de son fils.

Pour Georges Mpaga, président du Réseau des organisations libres pour la bonne gouvernance (ROLBG), l’enjeu dépasse les frontières nationales : « Il s’agit de criminels financiers qui ont détruit le pays. En vertu de la Convention des Nations unies contre la corruption, une coopération judiciaire internationale doit permettre le rapatriement des avoirs ».

Un tournant pour le Gabon post-Bongo

Ce procès marque une étape décisive dans la lutte contre l’impunité promise par le général Oligui Nguema depuis sa prise du pouvoir. Au-delà du symbole, il s’agit de tester la capacité de la justice gabonaise à instruire un dossier aussi sensible que celui du clan Bongo — sans instrumentalisation politique ni revanche.

L’opinion publique, elle, attend des actes : une justice indépendante, transparente et exemplaire, capable de solder définitivement les dérives d’un demi-siècle de pouvoir absolu.

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