Privée de carburant depuis un mois, la ville de Mopti vit au rythme d’un black-out total. Les habitants de cette région stratégique du centre du Mali subissent les conséquences directes de l’embargo imposé par les groupes jihadistes liés à al-Qaïda, qui bloquent tout approvisionnement en hydrocarbures.
À Mopti, ville de plus de 560 000 habitants, le courant ne passe plus depuis le 7 octobre. Les générateurs sont à l’arrêt, les stations-service à sec, et les quelques panneaux solaires installés dans les structures publiques ne suffisent plus qu’à maintenir sous assistance minimale l’hôpital régional et certains services essentiels.
« Depuis le 7 octobre, nous n’avons plus d’électricité, pas même une seconde. C’est le black-out total », témoigne Mohamed Sanous Nientao, homme d’affaires et fondateur du Mouvement Solidarité Nouvelle (MSN), aujourd’hui en exil. « Sur le plan économique, il n’y a plus de travail, donc plus de revenus. L’eau est rationnée, les prix explosent, la route vers Bamako est aux mains des jihadistes. Jamais Mopti n’a connu pareille détresse. »
L’embargo sur le carburant, décrété début septembre par le Jnim, filiale sahélienne d’al-Qaïda, a provoqué une asphyxie logistique sans précédent. Les convois de camions-citernes sont systématiquement attaqués, paralysant le transport et plongeant plusieurs régions du Mali dans une pénurie aiguë.
Face à cette situation, Mohamed Sanous Nientao interpelle les autorités : « Nous demandons au moins une heure d’électricité par jour. Le pays est attaqué par une force obscurantiste, et pour faire bloc, il faut au moins pouvoir nourrir sa famille. »
Le président de la transition, le général Assimi Goïta, a reconnu la gravité de la crise et promis que des solutions sont à l’étude. « Certaines réponses doivent aussi venir des familles », a-t-il déclaré, exhortant les Maliens à l’unité et à la résilience.
Mais à Mopti, la patience s’épuise. Sans lumière, sans carburant et sans issue claire, la “Venise du Mali” se retrouve aujourd’hui coupée du reste du pays — symbole d’un centre en train de s’éteindre.

