À Paris, la Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs, organisée jeudi 30 octobre, a permis de réunir plusieurs dizaines de pays et organisations internationales autour d’un objectif commun : relancer les efforts diplomatiques et humanitaires dans une zone marquée par des décennies de conflits.
Le président français Emmanuel Macron a annoncé la mobilisation de plus de 1,5 milliard d’euros en faveur des populations les plus vulnérables, une annonce saluée comme un signal fort de solidarité internationale.
Des annonces ambitieuses, mais des engagements à concrétiser
Si le chiffre de 1,5 milliard d’euros est impressionnant, il mérite d’être nuancé : environ 500 millions d’euros avaient déjà été engagés cette année, et une partie correspond à des promesses anciennes, réaffirmées à l’occasion du sommet.
Le fonds annoncé comprend plusieurs volets : aide humanitaire d’urgence, soutien au développement et efforts de paix. Mais aucun calendrier précis de déblocage des fonds n’a été communiqué, laissant planer des incertitudes sur l’impact réel à court terme.
Malgré ces zones d’ombre, la conférence est perçue comme une réussite politique. Plus de 70 délégations étaient présentes, y compris toutes les grandes puissances occidentales, et plusieurs États ont promis des financements supplémentaires.
« La Conférence de Paris a envoyé un signal important : la solidarité internationale envers les populations de la RDC reste vivante. Les annonces financières et les proclamations diplomatiques sont bienvenues, mais elles n’auront de sens que si elles se traduisent par des mesures concrètes sur le terrain », souligne Luc Lamprière, directeur du Forum des ONGI en RDC.
La réouverture partielle de l’aéroport de Goma
Le président congolais Félix Tshisekedi a annoncé à Paris un plan d’aide d’urgence pour la reconstruction du Nord et du Sud-Kivu, évalué à 5 milliards de dollars à mobiliser d’ici 2026, « une fois que le conflit aura pris fin ». Les sources de financement restent cependant à préciser.
Autre annonce majeure : la réouverture prochaine de l’aéroport de Goma pour les vols humanitaires de jour. L’infrastructure est fermée depuis janvier, après la prise de la ville par l’AFC/M23. Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité de garantir la souveraineté congolaise tout en permettant un accès humanitaire sécurisé.
Des réactions contrastées
Cette décision a suscité des critiques :
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Pour Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23, la décision est « inopportune et déconnectée de la réalité du terrain ».
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Le Rwanda estime que « ce n’est pas à Paris qu’on décide de la réouverture de l’aéroport » dans le contexte sécuritaire actuel.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a rappelé que « les discussions se poursuivront dans le cadre de la médiation du Qatar, avec une impulsion nouvelle donnée depuis Paris ».
Kinshasa appelle à un engagement concret
En clôture de la conférence, Félix Tshisekedi a appelé à un accès humanitaire immédiat, sécurisé et garanti, et a exhorté la communauté internationale à exiger le retrait de l’AFC/M23 et des forces étrangères du territoire congolais.
La Conférence de Paris a donc réussi à relancer la diplomatie et à mobiliser des engagements financiers, mais le principal défi demeure : transformer ces promesses en actions tangibles sur le terrain, avec l’appui de la France, des partenaires régionaux et des bailleurs internationaux.


