Le général Abdel Fattah al-Burhan a reconnu lundi 27 octobre que l’armée soudanaise « s’est retirée d’El-Fasher », son dernier bastion dans l’ouest du pays. C’est la première déclaration publique du chef de l’armée depuis que les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), dirigées par le général Hemedti, ont annoncé dimanche la prise de cette ville stratégique du Darfour du Nord.
Dans un discours diffusé à la télévision nationale, le général al-Burhan a affirmé que ce retrait visait à « préserver la vie des soldats » et a promis que son camp « se vengera » et se battra « jusqu’à purifier cette terre ». Les FSR ont publié sur Telegram plusieurs vidéos montrant leurs hommes devant le quartier général de la sixième division d’infanterie, abandonné par les troupes régulières. Sur X (ancien Twitter), le gouverneur du Darfour nommé par l’Alliance Tasis — coalition fidèle aux FSR — s’est félicité de la « libération d’El-Fasher ».
Une situation humanitaire catastrophique
Après 18 mois de siège, la population d’El-Fasher, déjà confrontée à la famine, se retrouve piégée au cœur des combats. Mini Minawi, gouverneur du Darfour du Nord nommé par l’armée, a appelé sur X à « la protection des civils ». Les FSR ont promis de garantir leur sécurité dans un communiqué. Selon l’ONG Solidarités International, des centaines de déplacés, dans un état de santé critique, ont été acheminés dimanche soir à Tawila, à 60 kilomètres d’El-Fasher. Depuis avril, plus d’un demi-million de personnes s’y sont réfugiées.
L’ONU alerte sur le risque d’atrocités à motivation ethnique
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a dénoncé « une terrible escalade du conflit » et exhorté les pays qui fournissent des armes aux belligérants à « y mettre un terme ». « Le niveau de souffrance que nous constatons au Soudan est insupportable », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Kuala Lumpur.
De son côté, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a averti que la ville se trouve dans une « situation extrêmement précaire », avec un risque croissant de « violations et d’atrocités motivées par des raisons ethniques ». Il appelle à « une action urgente et concrète » pour assurer la protection des civils et un passage sûr pour les déplacés.
L’unique hôpital encore opérationnel bombardé
L’inquiétude est d’autant plus grande que le seul hôpital encore partiellement fonctionnel d’El-Fasher a été bombardé dimanche. Selon le réseau des médecins du Soudan, il s’agit d’un « crime de guerre ». Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a confirmé l’attaque de la maternité de l’hôpital saoudien, qui a coûté la vie à une infirmière et blessé trois soignants. La coupure des communications empêche pour l’heure toute évaluation complète des dégâts.


