Alors que le Mali subit depuis un mois et demi un embargo sur les importations de carburant imposé par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, les jihadistes franchissent un nouveau cap. Ce vendredi 17 octobre, ils ont édicté une série de règles destinées aux voyageurs, exigeant notamment le port du voile pour les femmes empruntant les routes maliennes.
Cette décision, qui intervient dans un contexte de grave pénurie d’essence et d’attaques quasi quotidiennes, a suscité colère et inquiétude à Bamako et dans plusieurs régions. Sous couvert d’anonymat, 54 ÉTATS a recueilli les témoignages de femmes confrontées à cette nouvelle contrainte.
« Non, les djihadistes ne peuvent pas me faire changer », affirme avec fermeté une vendeuse de vêtements rencontrée à Bamako. « Je suis croyante, mais je ne porte le voile que pour la prière. Dieu est plus grand que les jihadistes. Je n’ai pas peur et je ne le porterai pas. »
Mais sur le terrain, le risque est réel. Beaucoup n’ont d’autre choix que de se plier aux ordres.
« S’ils exigent cela, nous devons obéir », confie un père de famille. « Le gouvernement n’a pas les moyens de nous protéger. Si je refuse, je mets ma femme en danger. »
Des villages sous emprise jihadiste
Dans le centre du pays, des centaines de villages vivent déjà sous le joug du Jnim, parfois depuis plusieurs années. Faute de protection de l’armée, les habitants ont dû conclure des accords locaux pour continuer à cultiver leurs champs ou faire paître leur bétail sans risquer d’attaques. En contrepartie, ils se plient aux règles imposées : voile obligatoire pour les femmes, pantalons courts pour les hommes, suppression des écoles publiques et imposition de pratiques religieuses strictes.
Les nouvelles exigences du 17 octobre renforcent ce contrôle : les compagnies de transport doivent cesser toute collaboration avec les forces de sécurité et, en cas d’accident, le conducteur est tenu de dédommager la victime, même en cas d’attaque.
Les routiers maliens entrent en grève
En réaction à des propos jugés offensants d’un membre du Conseil national de la transition (CNT), accusant les transporteurs de collusion avec les jihadistes, le Syndicat national des chauffeurs et conducteurs routiers du Mali (Synacor) a annoncé dimanche 19 octobre une grève illimitée.

Ces accusations, portées par Aboubacar Sidicki Fomba, fervent soutien du régime militaire, ont provoqué l’indignation du secteur, déjà durement touché par l’insécurité. Plusieurs chauffeurs ont encore été tués lors d’une attaque sur un convoi près de la frontière ivoirienne.
Cette grève, déclenchée alors que les stations-service sont déjà à sec, accentue la crise : à Bamako, les files d’attente s’allongent devant les rares points d’approvisionnement en carburant. Désormais, le gasoil est lui aussi concerné par la pénurie.
Plus tard dans la soirée, Aboubacar Sidicki Fomba, membre du Conseil national de Transition (CNT) a présenté ses excuses publiques via une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, sans calmer pour autant la colère des routiers.


