Le président malgache Andry Rajoelina a annoncé, lundi soir, la dissolution de son gouvernement après plusieurs jours de manifestations violemment réprimées, qui auraient fait au moins 22 morts selon l’ONU.
Dans une allocution télévisée de 17 minutes, le chef de l’État a déclaré avoir entendu la colère de la jeunesse et annoncé le limogeage du Premier ministre et de l’ensemble de son équipe. « Suivant l’article 54 de la Constitution, j’ai décidé de mettre fin aux fonctions du Premier ministre et du gouvernement », a-t-il affirmé, tout en précisant que les ministres sortants assureraient l’intérim en attendant la formation d’une nouvelle équipe.
Le président a appelé chaque citoyen « compétent et intègre » à proposer sa candidature pour rejoindre le futur gouvernement, y compris via courriel ou LinkedIn pour les Malgaches de l’étranger. Il a également promis un soutien aux entreprises victimes de pillages, avec des prêts à taux zéro et des subventions financées par l’État.
La contestation prend de l’ampleur
Depuis jeudi, des milliers de jeunes, réunis sous la bannière du collectif Gen Z, descendent dans les rues d’Antananarivo et d’autres grandes villes comme Diego-Suarez, Antsirabé et Fianarantsoa. Initialement déclenchée par le ras-le-bol face aux coupures d’eau et d’électricité, la contestation s’est transformée en mouvement politique exigeant la démission du président Rajoelina, du président du Sénat, et le jugement de l’homme d’affaires influent Mamy Ravotomanga, qualifié de « fossoyeur de Madagascar ».
Lundi encore, plusieurs milliers d’étudiants se sont rassemblés près de l’université d’Ankatso, dans la capitale, brandissant le slogan « Miala Rajoelina » (« Rajoelina dégage »).
L’ONU dénonce une répression meurtrière
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit « choqué par la réponse violente » des forces de l’ordre. Selon lui, au moins 22 personnes ont été tuées et une centaine d’autres blessées, certaines par balles réelles, lors d’une répression jugée « non-nécessaire et disproportionnée ».
Le gouvernement malgache, désormais démis, a fermement démenti ces chiffres, appelant les organisations internationales à la prudence face aux « rumeurs et campagnes de désinformation ». Aucun bilan officiel n’a pour l’instant été communiqué.
Un climat d’incertitude
Alors que de nouvelles mobilisations étaient annoncées dès mardi, l’avenir politique du pays reste incertain. Rajoelina a promis un gouvernement « au service du peuple et loin de la corruption », mais la jeunesse malgache, particulièrement active sur les réseaux sociaux, se dit déjà « déçue » de son discours et continue de réclamer son départ.


