En Afrique du Sud, le redoutable mamba noir pourrait bien se transformer en allié inattendu de la lutte environnementale. Long de près de quatre mètres et considéré comme l’un des serpents les plus rapides et venimeux du monde, Dendroaspis polylepis effraie autant qu’il fascine. Sa morsure, souvent mortelle sans traitement, lui vaut une réputation redoutée à travers le continent. Pourtant, une étude de l’université du Witwatersrand, publiée dans la revue Environmental Pollution, révèle un rôle écologique insoupçonné : celui de bio-indicateur de la pollution aux métaux lourds.
Des “canaris des mines” version africaine
Les chercheurs ont analysé des mambas noirs vivant près des zones industrielles de Durban, sur la côte est sud-africaine. Ces serpents, qui se nourrissent de rongeurs et d’oiseaux contaminés, accumulent à leur tour cadmium, mercure, plomb ou arsenic. Les comparaisons avec des spécimens issus d’habitats plus préservés ont montré une correspondance frappante : les écailles reflètent fidèlement le niveau de pollution de leur environnement.
« Nous avons été surpris de constater à quel point l’accumulation de métaux lourds dans les écailles correspondait à la qualité du milieu », explique le chimiste Marc Humphries, coauteur de l’étude. Comme les fameux canaris autrefois utilisés dans les mines pour détecter les gaz toxiques, le mamba noir devient ici un témoin biologique des atteintes à l’environnement. À la différence près que la méthode est non invasive et inoffensive, puisqu’il suffit de prélever des écailles sans blesser l’animal.
Vers un changement de perception
Au-delà de son intérêt scientifique, cette découverte pourrait aussi modifier la perception que l’on a de ce serpent craint et souvent abattu par réflexe. « Les mambas noirs jouent un rôle essentiel dans la régulation des populations de proies et donc dans l’équilibre des écosystèmes », rappelle nos confrères de News24. Les considérer comme des partenaires dans le suivi de la pollution urbaine pourrait les faire passer du statut de menace à celui d’alliés indispensables à la préservation de la biodiversité.

