Au Mali, la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta poursuit son entreprise de musellement de la classe politique. Après avoir dissous en mai dernier l’ensemble des partis et associations politiques, plusieurs personnalités critiques du pouvoir ont été poussées à l’exil ou emprisonnées. Parmi elles figure désormais l’ancien Premier ministre Moussa Mara (2014-2015), l’une des dernières voix encore audibles de l’opposition civile.
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Le 1er août, il a été inculpé et placé sous mandat de dépôt pour « atteinte au crédit de l’État » et « opposition à l’autorité légitime », après un message publié le 4 juillet sur le réseau social X. Dans ce texte, il exprimait sa solidarité envers d’autres figures détenues, telles que l’animateur Ras Bath, l’activiste Ben le Cerveau ou encore l’influenceuse Rose Vie Chère, et lançait un appel à la résistance : « Aussi longtemps que dure la nuit, le soleil finira évidemment par apparaître ! Et nous nous battrons par tous les moyens pour que cela arrive, et le plus tôt possible ! »
Depuis, Moussa Mara est détenu à la Maison centrale d’arrêt de Bamako, dans l’attente d’un procès prévu le 29 septembre. L’ancien chef du gouvernement, connu pour ses prises de position mesurées et son ton modéré, incarnait encore un espace de débat dans un pays où la liberté d’expression et la vie politique sont désormais étouffées. Très suivi sur les réseaux sociaux et régulièrement invité à des conférences à l’étranger, il était devenu une cible évidente pour les autorités de transition.
Un mois après son arrestation, ses proches ont organisé une lecture du Coran à son domicile. Ses soutiens, au Mali comme à l’international, multiplient également les messages sur les réseaux sociaux. L’ancien Premier ministre tchadien Albert Pahimi Padacké lui a ainsi adressé ces mots : « Devant l’oppression, tu refuses de plier (…) Debout avec toi pour une Afrique de liberté ! ».
Pour Hermann Diarra, président du parti Yelema en France — formation dissoute en mai comme toutes les autres —, Moussa Mara « garde le moral » et reste convaincu que « la vérité et la justice finiront par triompher ».
Quelques semaines avant son arrestation, Moussa Mara avait déjà subi plusieurs convocations judiciaires, dont l’une de plus de sept heures au pôle judiciaire spécialisé dans la lutte contre la cybercriminalité, sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre lui. Ces pressions répétées avaient déjà illustré la volonté de la junte d’affaiblir progressivement les rares opposants qui osaient encore s’exprimer.
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Ce qu’il disait à 54 ÉTATS
Lors d’une interview exclusive accordée à 54 ÉTATS (voir la vidéo), Moussa Mara partageait déjà ses inquiétudes sur l’avenir démocratique du Mali et appelait à une transition inclusive. Avec son ton mesuré, il insistait sur trois points essentiels :
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La nécessité de restaurer la confiance entre l’État et les citoyens, qu’il estimait « fracturée par les méthodes autoritaires de la transition ».
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L’urgence d’un dialogue politique sincère, afin de « sortir le Mali de l’isolement et de l’impasse institutionnelle ».
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La conviction que l’avenir du pays ne pouvait se construire sans pluralisme ni liberté d’expression, qu’il jugeait fondamentaux pour toute réconciliation nationale.
Ces propos résonnent aujourd’hui comme un avertissement prémonitoire, alors que lui-même se retrouve derrière les barreaux pour avoir défendu ces principes.
Avec cette incarcération, c’est une page supplémentaire qui se tourne dans l’histoire récente du Mali : celle de l’extinction progressive du pluralisme politique, alors que le pays traverse une transition sans horizon électoral clair. Et surtout, l’incarcération de Moussa Mara pour une durée indéterminée, à la fois excessive et injustifiée. Est-ce cela, le visage du nouveau Mali ?


