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jeudi, décembre 11, 2025

Libye : Hanna Tetteh dévoile sa stratégie, la population reste dubitative

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Priscilla Wolmer
Priscilla Wolmerhttp://www.54etats.com
FONDATRICE ET DIRECTRICE DU MÉDIA 54 ÉTATS

Entre espoir fragile et scepticisme profond, la feuille de route onusienne risque de s’ajouter à la longue liste des tentatives inachevées.

En Libye, l’annonce d’une nouvelle feuille de route par Hanna Tetteh, envoyée spéciale du secrétaire général de l’ONU, a suscité des réactions mitigées. Présenté le 21 août devant le Conseil de sécurité, le plan ambitionne de mettre fin à une transition interminable qui mine le pays depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

L’approche de l’ONU repose sur quatre axes : l’unification des institutions, la mise en place d’un gouvernement unique, l’adoption d’un cadre électoral viable et un dialogue inclusif visant à garantir une participation la plus large possible aux élections. En théorie, un schéma clair. Mais dans la pratique, le scénario rappelle fortement les précédentes tentatives restées sans suite.

Depuis 2019, plusieurs envoyés spéciaux se sont succédé sans parvenir à organiser les scrutins tant attendus par les Libyens. À chaque fois, les divisions internes — entre Tripoli et Benghazi, mais aussi au sein même de chaque camp — ont réduit les plans onusiens à de simples intentions. À cela s’ajoutent les fractures de la communauté internationale, où chaque puissance défend ses propres intérêts stratégiques et énergétiques.

Hanna Tetteh, forte de consultations menées auprès des acteurs locaux, reprend les grandes lignes des processus passés. Mais les précédents pèsent lourd : Abdelhamid Dbeibah, actuel Premier ministre, avait été désigné dans le cadre d’un processus similaire avant de se raviser et de briguer un mandat électif, sans être sanctionné par l’ONU ni par ses partenaires internationaux. De même, le maréchal Khalifa Haftar continue de consolider son pouvoir, malgré les critiques, et prépare la relève en confiant des responsabilités accrues à ses fils.

Face à ce tableau, une large partie de la population libyenne exprime désormais lassitude et résignation. Les promesses répétées d’élections et d’un gouvernement réellement unifié ne se traduisent pas sur le terrain. « Nous sommes fatigués d’attendre », confient certains, tandis que d’autres considèrent que la démocratie n’est plus qu’un mirage tant que les élites politiques et militaires locales, appuyées par leurs soutiens extérieurs, n’auront aucun intérêt à voir émerger une issue électorale.

Le plan de Hanna Tetteh parviendra-t-il à briser ce cycle d’annonces sans lendemain ? Pour l’heure, en Libye, la prudence reste de mise, entre un peuple désabusé et une communauté internationale divisée.

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