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mercredi, avril 15, 2026

Mali : l’ancien ministre des Affaires étrangères Tiébilé Dramé est décédé

Tiébilé Dramé : parcours d’un homme libre

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De loin, on le reconnaissait à sa grande taille. En costume strict ou vêtu d’un boubou traditionnel, Tiébilé Dramé imposait par sa prestance et son aisance oratoire. Polyglotte, il s’était engagé dès les années 1970 et 1980 contre le régime du général Moussa Traoré et le parti unique. À deux reprises au moins, il fut emprisonné pour ses convictions démocratiques, subissant même la torture.

En 1980, il fut déporté à Boureissa, dans le nord du Mali. L’exil l’amena à travailler pour Amnesty International, où il contribua à dénoncer les violations des droits humains en Afrique, avant de rejoindre les Nations unies, notamment en Haïti.

Sur la scène nationale, il marqua durablement la vie politique malienne. Ancien numéro un du Parti pour la Renaissance Nationale (Parena), il occupa plusieurs fonctions ministérielles, dont celle des Affaires étrangères. Attaché à son pays et au panafricanisme, il resta jusqu’au bout fidèle à ses idéaux.

Ces dernières années, affaibli par la maladie, il intervenait moins dans le débat public. Mais nul doute qu’il observait avec sévérité la politique de la junte au pouvoir. Né en juin 1955 à Nioro du Sahel, près de la frontière mauritanienne, il s’opposa toute sa vie aux dictatures. Enseignant, syndicaliste, militant à Londres, il fut l’un des inspirateurs de la révolution de mars 1991, qu’il accompagna ensuite comme ministre et défenseur de la démocratie. En 1992, il fonda le journal Le Républicain puis, en 1995, le Parena.

Homme libre, il refusait les diktats. En janvier 2013, il soutint l’opération militaire qui permit de repousser une offensive jihadiste sur Mopti et Bamako, mais, quelques mois plus tard, il dénonça publiquement les ingérences étrangères dans le calendrier électoral.

Le dialogue fut l’autre combat de sa vie. En juin 2013, grâce à son expérience de négociateur — déjà éprouvée à Madagascar et en Haïti —, il fit signer un accord de paix entre le gouvernement malien et les groupes armés du Nord. Convaincu que la paix passait par un dialogue avec les jihadistes maliens, il poursuivit cette ligne même après son retour au ministère des Affaires étrangères en 2019, malgré les critiques.

Fidèle en amitié, il gardait des liens indéfectibles avec ses compagnons de lutte et ses proches. Jusqu’à ses derniers mois, il partagea des moments avec eux, évoquant avec tendresse sa famille et son épouse Kadiatou.

En mars 2022, il prit la parole lors des funérailles de son ami de toujours, Soumeylou Boubèye Maïga, décédé en détention, appelant à ne pas céder à la peur, à assumer le bilan et à rassembler les héritiers de la révolution de 1991.

Tiébilé Dramé s’est éteint à l’âge de 70 ans, laissant le souvenir d’un homme de conviction, de dialogue et de fraternité.

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