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samedi, janvier 24, 2026

Fin d’une ère : la France remet officiellement ses dernières bases militaires au Sénégal

Une cérémonie hautement symbolique à Dakar acte la fin de plus de soixante ans de présence militaire française permanente en Afrique de l’Ouest.

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Aïssatou Faye-Johnson
Aïssatou Faye-Johnson
Correspondante au Sénégal

Au son de l’hymne national, le drapeau vert, jaune et rouge du Sénégal a été hissé sur la place d’armes du camp Geille, remplaçant le drapeau tricolore français. Un geste fort, porteur de symboles. Situé au cœur du quartier de Ouakam, à Dakar, ce camp de cinq hectares était la plus vaste des six emprises que l’armée française occupait encore dans la capitale sénégalaise. Il s’agissait également de la dernière base militaire française en Afrique de l’Ouest. Ce jeudi 17 juillet, cette page s’est officiellement tournée, marquant une étape décisive dans la redéfinition de la coopération de défense entre la France et le Sénégal.

Le général Mbaye Cissé, chef d’état-major de l’armée sénégalaise, et le général Pascal Ianni, en charge du commandement des forces françaises en Afrique, se sont tenus côte à côte pour une remise symbolique des clefs. Une clef ancienne, comme pour souligner le poids historique de ce moment. « C’est un tournant important dans le riche et long parcours de coopération entre le Sénégal et la France », a déclaré le général Cissé, évoquant la nouvelle doctrine de défense prônée par les autorités sénégalaises, fondée sur la souveraineté pleine et entière du pays.

Le général Ianni a pour sa part salué « une nouvelle étape » et « un changement nécessaire » dans les partenariats militaires. « Il nous faut agir autrement. Plus besoin de bases pour cela », a-t-il affirmé, appelant à réinventer les modalités de la coopération, notamment face aux aspirations de la jeunesse africaine.

Une relation militaire vieille de plus de 60 ans

La présence militaire française au Sénégal remonte à l’époque coloniale. Elle s’est consolidée après l’indépendance du pays en 1960 avec la signature d’accords de coopération. Jusqu’en 2011, la mission principale de l’armée française était de participer à la défense du territoire sénégalais en cas d’agression. À partir de cette date, la mission a évolué pour se concentrer sur la formation et les entraînements conjoints. En mai dernier, environ 350 militaires français et leurs familles résidaient encore au camp Geille, aujourd’hui vidé en attendant l’installation de l’armée sénégalaise.

Cette évolution s’inscrit dans une dynamique plus large. Après les retraits du Tchad en janvier 2025 et de la Côte d’Ivoire en février, la fermeture des bases au Sénégal résulte de discussions entamées dès 2022. L’armée française indique avoir perçu dès 2021 la nécessité de repenser sa présence, face à une perception de plus en plus négative. Ce retrait répond aussi à une demande ancienne de la gauche sénégalaise, mais surtout à un engagement de campagne du Pastef, aujourd’hui au pouvoir.

En 2023, une première réduction des effectifs a été amorcée et des réflexions ont été menées sur le devenir des emprises françaises. Un temps envisagée, la transformation du camp Geille en centre de formation franco-sénégalais a finalement été abandonnée.

Une coopération redéfinie, mais maintenue

L’accession au pouvoir du Pastef a précipité les choses : en décembre 2024, le président sénégalais a demandé la fermeture de toutes les bases militaires étrangères sur le territoire. Une commission mixte franco-sénégalaise a alors défini le calendrier des rétrocessions. Quatre bases ont déjà été transférées ; les deux dernières – celle de Ouakam et celle de l’aéroport – le sont ce 17 juillet.

Les deux parties insistent : il ne s’agit pas d’une rupture. La coopération militaire se poursuivra, mais sur un nouveau modèle. Les formations continueront, sans présence permanente : les militaires français seront envoyés ponctuellement depuis Paris selon les besoins exprimés par Dakar. Les domaines de la cyberdéfense ou de la sécurité maritime figurent parmi les axes prioritaires.

La France conserve une présence militaire à Djibouti et une emprise conjointe avec le Gabon à Libreville. Mais la fin de sa présence permanente au Sénégal, après plus de six décennies, marque un basculement historique dans les relations militaires entre Paris et l’Afrique de l’Ouest. Une ère s’achève. Une autre, fondée sur la réciprocité et la souveraineté, commence.

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