L’ex-ministre des Mines et de la Géologie du Sénégal, Aïssatou Sophie Gladima, a été placée sous mandat de dépôt ce mercredi 21 mai 2025, à l’issue de son audition par la Commission d’instruction de la Haute Cour de Justice. Cette mesure s’inscrit dans le cadre des enquêtes toujours en cours sur la gestion controversée des fonds alloués à la lutte contre la pandémie de Covid-19 — un dossier explosif qui continue d’ébranler la sphère politico-judiciaire sénégalaise.
Sophie Gladima est mise en accusation pour détournement présumé de deniers publics, notamment autour d’un projet de centre gravimétrique à Kédougou, resté à l’état de promesse malgré l’allocation d’un milliard de FCFA.
Une enquête conduite par la Division des Investigations Criminelles (DIC) met également en cause son ancien Directeur de l’Administration générale et de l’Équipement (DAGE), Alassane Diallo. Selon les enquêteurs, un préjudice provisoire de 193,07 millions de FCFA a été enregistré dans ce dossier.
Parmi les irrégularités relevées, figure un paiement de 73,2 millions FCFA effectué à la Société Commerciale du Groupe ISSA (SCGI) pour des travaux qui, au moment du versement, n’avaient même pas commencé — une infraction claire à l’article 89 du Règlement général de la Comptabilité publique, qui interdit tout paiement avant exécution du service.
Alassane Diallo a reconnu les faits, affirmant avoir agi sur instruction directe de la ministre Gladima. Il a également précisé que la société SCGI avait acquis du matériel pour un montant de 119,87 millions FCFA, en prévision du lancement du chantier, mais avant même la mise à disposition du site.
De son côté, Ibrahima Issa, représentant de la SCGI, a déclaré avoir agi de bonne foi. Il affirme que son entreprise avait terminé la phase d’achat du matériel et attendait simplement l’autorisation d’accès au site pour débuter les travaux. Il a néanmoins reconnu avoir encaissé les 73,2 millions FCFA sans avoir rien construit, et s’est dit prêt à rembourser. Un procès-verbal d’huissier daté du 14 avril 2023 attesterait de la présence du matériel chez lui et au siège de la SCGI à Dakar.
L’enquête révèle également une transaction opaque de 80 millions FCFA, confiée à un opérateur de transfert situé aux Allées Papa Guèye Fall. Celui-ci aurait ensuite versé l’équivalent en Chine au fournisseur, contournant ainsi les circuits bancaires classiques — un procédé qui soulève de sérieuses inquiétudes sur d’éventuelles pratiques de blanchiment ou de fraude aux contrôles financiers.
Enfin, les enquêteurs s’interrogent sur la crédibilité des justifications apportées par Ibrahima Issa, qui aurait accepté un second versement sans preuve d’exécution, ni garantie contractuelle.
D’après des informations obtenues par nos soins, Sophie Gladima serait actuellement atteinte d’un cancer, ce qui rend sa détention particulièrement préoccupante. Plusieurs observateurs estiment qu’elle paierait aujourd’hui plus les dérives d’un système que ses fautes personnelles, certains la décrivant comme victime d’un mécanisme de gestion où les lignes entre ordre politique et cadre légal sont souvent brouillées.

