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lundi, avril 13, 2026

Sénégal : Khalifa Sall, un candidat à la présidentielle en attente de son amnistie

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Aïssatou Faye-Johnson
Aïssatou Faye-Johnson
Correspondante au Sénégal

Celui qui fut député, ministre puis maire de Dakar a vu sa carrière politique s’effondrer le 7 mars 2017. Le 30 août 2018 marque sa condamnation à cinq années de prison et à une amende de 5 millions de francs CFA (7 620 euros) pour « escroquerie aux deniers publics », « faux et usage de faux dans des documents administratifs » et « complicité de faux en écriture de commerce » dans l’affaire dite de la « caisse d’avance » de la mairie de la capitale sénégalaise. Libre suite à une grâce présidentielle, depuis le 29 septembre 2019, les ambitions politiques de Khalifa Sall sont toujours intactes mais, il y a un mais !

Khalifa Sall, 67 ans, élu maire de Dakar en 2009 et réélu en 2014, est un dissident du Parti socialiste et de la majorité qui fait élire et réélire Macky Sall en 2012 et 2019. Son parcours politique est rempli de rebondissements mais sa foi et son honneur restent intactes.

quand on me mettait en prison, j’étais responsable socialiste, j’étais membre de Benno Bokk Yaakaar, j’étais dans le pouvoir, je n’ai pas négocié. Aujourd’hui, je suis hors du pouvoir, le Ps m’a renvoyé. Je suis dans l’opposition. J’ai été écarté politiquement, je me battrais politiquement et vous savez que le contexte actuel est favorable à ce que je dis mais je ne vais rien déflorer. Ça signifie que de la même manière que j’ai été mis dans cette situation, nous nous battrons pour qu’une autre situation soit créée. Mais ce que je peux vous garantir, c’est que je serai candidat.

Mésaventures juridico-politiques

Le 7 mars 2017, le maire de Dakar, Khalifa Sall, dissident de la majorité au pouvoir, est arrêté et incarcéré. Il est accusé de « détournement de deniers publics » à hauteur de 2,7 millions d’euros et de « faux et usage de faux » dans l’affaire de la « caisse d’avance » de la mairie de Dakar. Moins d’un mois après l’ouverture de l’instruction, le doyen des juges clôt les investigations. Les avocats de Khalifa Sall dénoncent à l’époque une « justice express ». Le 14 juin 2017, une forte mobilisation de soutien s’organise pour les 100 jours de détention de Khalifa Sall. Le 30 juillet 2017, Khalifa Sall est candidat aux législatives depuis la prison de Rebeuss où il est détenu.

Il est député sur la liste de la coalition d’opposition Mankoo Taxawu Sénégal. Taxawu, « une plateforme, une ambition pour l’avenir du Sénégal » dit-il.

Levée de l’immunité parlementaire

Les 25 et 26 novembre 2017, l’Assemblée nationale sénégalaise vote la levée de l’immunité parlementaire du député-maire. C’est là un revers pour la Défense de l’accusé qui tentait de faire jouer cette immunité pour le faire sortir de prison. Le dossier est renvoyé devant le tribunal correctionnel : le premier procès est fixé au 14 décembre 2017 et il est rapidement renvoyé en « audience spéciale » au 3 janvier 2018, puis à nouveau reporté à la demande de la Défense. Motif ? Un manquement de procédure. Le tribunal fait alors savoir qu’il n’y aura pas de troisième renvoi. La municipalité de Dakar qui soutient l’accusé, annonce qu’elle souhaite se constituer partie civile dans le dossier. Une stratégie qui a pour but d’écarter l’État sénégalais, partie civile dans le procès. Le 23 janvier 2018, c’est l’ouverture du troisième procès sur fond de batailles procédurales. Khalifa Sall a toujours clamé son innocence.

« Nous savons que c’est une audience simplement politique, qui n’avait pas lieu d’être. »

Me Ciré Clédor Ly, avocat de Khalifa Sall

Le procès fut mis en délibéré au 2 février. Le juge devait statuer sur la compétence de son tribunal et sur la demande de mise en liberté provisoire de Khalifa Sall.

Khalifa Sall, ancien maire de Dakar et leader de l’opposition sénégalaise, salue ses partisans après avoir été libéré de prison, le 29 septembre 2019 à Dakar. (Photo : JOHN WESSELS / AFP)

En août 2018, un décret du chef de l’État avait mis fin à ses fonctions de maire de Dakar. Cette décision avait été prise au lendemain de la confirmation de la peine de Khalifa Sall par la cour d’appel de Dakar.

Révoqué de ses fonctions de maire, il avait été remplacé par une de ses proches, Sowam Wardini, élue par les conseillers municipaux.

Khalifa Sall privé de ses droits civiques

Début 2019, la Cour suprême avait rejeté le recours de Khalifa Sall qui contestait sa condamnation à cinq ans de prison pour escroquerie. Khalifa Sall, élu député aux élections législatives en 2017, n’avait pas pu siéger. Sa candidature à l’élection présidentielle de 2019 avait été rejetée par la justice en raison de sa condamnation judiciaire.

À la surprise générale, la présidence sénégalaise a publié un décret accordant la liberté à l’ex-maire de Dakar et à deux de ses collaborateurs, Mbaye Touré et Yaya Bodian, qui étaient emprisonnés en même temps que lui. Pour autant, la grâce ne permettra pas au leader de l’opposition de récupérer ses droits civiques. Khalifa Sall reste inéligible au regard de la loi sénégalaise. Un mot que Khalifa Sall réfute car « l’inéligibilité est une peine » dit-il. Et l’opposant sénégalais précise qu’il n’a jamais demandé de grâce présidentiel à Macky Sall. Sa défense ajoutait « Macky Sall a saisi une bonne opportunité pour redorer son blason après les accusations antidémocratiques qui l’ont visé ».

Élection 2024, bis-repetita ou amnistie ?

Khalifa Sall n’a jamais mis en pause sa carrière politique, bien qu’enfermé 936 jours, le militant socialiste dans l’âme est plus que jamais prêt pour l’élection présidentielle de février 2024 et il a la prétention d’avancer qu’il battra n’importe quel des candidats et qu’il sera le prochain président de la république du Sénégal. Pour autant,

« quel est son véritable pouvoir hors de Dakar ?« 

questionne un chauffeur de taxi de la capitale

In fine, Khalifa Sall, non amnistié à ce jour est-il un grand rêveur ou un fin stratège politique ? Cette élection se déroulera-t-elle privée de son opposition ou sera-t-elle en accord avec son système politique, à savoir la démocratie ? Réponses dans moins d’un an.

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