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samedi, janvier 17, 2026

CÉDÉAO : une célébration du cinquantenaire sous le signe des fractures régionales

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Aïssatou Faye-Johnson
Aïssatou Faye-Johnson
Correspondante au Sénégal

Accra a lancé ce 22 avril les festivités du 50e anniversaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Si l’événement se veut symbolique et tourné vers l’unité, l’absence des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) illustre les tensions qui traversent actuellement la région.

À Accra, capitale du Ghana, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a donné le coup d’envoi des célébrations de son cinquantenaire. Un anniversaire qui doit être marqué par une série d’événements tout au long de l’année dans les États membres. Lors de la cérémonie d’ouverture, le président ghanéen John Dramani Mahama a salué l’histoire de l’organisation en lançant : « Longue vie à la Cédéao et à la solidarité ouest-africaine ! »

Plusieurs pays étaient représentés, notamment la Côte d’Ivoire, le Togo — par sa Première ministre Victoire Tomegah Dogbé — et le Liberia, dont le président Joseph Boakai est le seul chef d’État à avoir fait le déplacement. L’absence du président nigérian Bola Tinubu, également président en exercice de la Cédéao, a été remarquée. Il a toutefois adressé un message dans lequel il a appelé à « réimaginer la Cédéao comme une communauté de peuples, au-delà de la seule sphère politique ».

Autre moment fort de cette journée : le discours du président de la Commission de la Cédéao, le Gambien Omar Touray. Il a insisté sur la nécessité de repenser et de réconcilier la communauté régionale, notamment avec les États du Sahel, qui ont récemment formé l’Alliance des États du Sahel (AES) après avoir quitté la Cédéao.

Malgré une invitation formelle, aucun représentant du Mali, du Burkina Faso ou du Niger — membres de l’AES — n’était présent à Accra. Selon une source proche de l’organisation, leur absence serait due à un « délai trop court » et à un « agenda chargé ». La question du retrait de ces pays figurait néanmoins à l’ordre du jour, avec l’ambition affichée d’éviter la rupture définitive.

John Dramani Mahama a proposé que le Ghana joue un rôle de médiateur. Il s’est dit prêt à faire de son pays « un pont entre la Cédéao et l’AES », plaidant pour un « dialogue compréhensif » à même de faire barrage à « l’isolationnisme et aux récriminations ».

L’après-midi a été consacrée à une réunion extraordinaire du Conseil des ministres de la Cédéao, prolongée jusqu’au 23 avril, centrée notamment sur les conséquences du départ des pays sahéliens de l’organisation.

Le commerce régional à l’épreuve du retrait de l’AES

En Côte d’Ivoire, ce retrait suscite de vives inquiétudes, notamment chez les commerçants qui craignent une remise en cause de la libre circulation dans la région. Dans les marchés d’Abidjan, on ressent déjà les tensions.

Adama, commerçant burkinabè, s’inquiète : « Nous sommes commerçants. On peut partir de Côte d’Ivoire pour aller vendre au Burkina. On peut aller au Burkina pour venir vendre ici. Si les deux pays ne s’entendent pas, ce n’est vraiment pas bon. »

Pour l’économiste ivoirien Alban Ahouré, le principal risque est économique : « Cela pourrait entraîner des barrières tarifaires réciproques et affecter les emplois si les entreprises ne trouvent pas de débouchés hors AES ou hors Cédéao. »

Même si les pays de l’AES restent membres de l’UEMOA, les enjeux commerciaux restent cruciaux. En 2023, le Burkina Faso et le Mali représentaient à eux seuls 13,5 % des exportations ivoiriennes.

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