Alors que les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont pris position dans la ville de Bukavu, dans l’est de la RDC, le président Félix Tshisekedi a regagné Kinshasa sans assister au sommet de l’Union africaine, qui se tient à Addis-Abeba. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a quant à lui pris la parole en appelant à éviter toute escalade régionale du conflit qui ravage l’est du pays.
Le vendredi 14 février, le groupe rebelle a pris le contrôle de l’aéroport de Bukavu, capitale du Sud-Kivu, un site stratégique auparavant sous le contrôle des forces armées congolaises. Selon des sources sécuritaires et humanitaires, des éléments du M23 ont ensuite avancé dans la ville par ses quartiers nord-ouest. Précédemment, le M23 et les troupes rwandaises avaient déjà pris Goma fin janvier. D’après l’ONU, les récents affrontements dans la région ont causé au moins 2 900 morts.
La chute imminente de Bukavu donnerait au M23 et aux troupes rwandaises un contrôle total du Lac Kivu, une position stratégique le long de la frontière avec le Rwanda. Face à cette avancée, l’armée congolaise et ses alliés burundais ont été contraints de se replier.
Réactions internationales et critiques envers l’UA
« La souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC doivent être respectées », a insisté António Guterres lors de l’ouverture du sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba. Tout en dénonçant les actions du M23, il n’a cependant pas explicitement mentionné le rôle du Rwanda.
L’Union européenne a réagi par la voix de son porte-parole pour les Affaires étrangères, Anouar El Anouni, qui a condamné les forces du M23 et dénoncé leur soutien par Kigali. Il a averti que « la violation en cours de l’intégrité territoriale de la RDC ne restera pas sans réponse » et indiqué que l’UE examinait diverses options pour réagir. Selon l’ONU, environ 4 000 soldats rwandais sont actuellement engagés dans l’est de la RDC.
Alors que Kinshasa continue d’exiger des sanctions internationales contre Kigali, la communauté internationale multiplie les appels à une désescalade et à un cessez-le-feu, notamment du côté des dirigeants d’Afrique de l’Est. Toutefois, ces appels restent pour l’instant sans effet.
Félix Tshisekedi, qui assistait à une conférence sur la sécurité à Munich en Allemagne, a dénoncé les « velléités expansionnistes » du Rwanda et appelé à une mise au ban de Kigali. Il n’a finalement pas pris part au sommet des chefs d’État de l’UA, bien qu’il y ait été attendu.
L’Union africaine sous pression
« La résolution des conflits doit rester au cœur de nos efforts », a déclaré le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed lors de l’ouverture du sommet à Addis-Abeba. Toutefois, l’UA est critiquée pour ses positions jugées trop timorées face aux agissements du Rwanda. Certains communiqués émis par le président sortant de la Commission de l’UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, appelaient à la fin des combats sans jamais mentionner Kigali, une posture qui a suscité de vives critiques au sein de la région.


