Le complexe de raffinage Dangote au Nigeria intensifie ses exportations de gasoil et bouleverse le marché ouest-africain
Le nouveau complexe de raffinage d’Aliko Dangote, évalué à 20 milliards de dollars, a récemment accru ses exportations de gasoil vers l’Afrique de l’Ouest, capturant ainsi des parts de marché autrefois dominées par les raffineurs européens. Ce gasoil, de qualité inférieure pour l’instant, est produit en attendant la modernisation des unités nécessaires pour la production de carburants plus propres.
Augmentation des exportations et impact régional
En mai, les exportations de gasoil de la raffinerie ont atteint près de 100 000 barils par jour (b/j), soit presque le double des volumes enregistrés en avril, d’après les données de l’entreprise d’analyse Kpler. La majeure partie de ces exportations a été acheminée vers des pays voisins en Afrique de l’Ouest, avec une expédition vers l’Espagne. Bien que les exportations de gasoil aient légèrement chuté en juin, les exportations globales de produits pétroliers, incluant le fioul, le naphta et le carburant d’aviation, sont restées élevées à 225 000 b/j.
L’influence de la raffinerie Dangote sur le marché ouest-africain commence à se faire ressentir. Une source européenne dans le commerce des distillats a déclaré que ce complexe avait « modifié les équilibres en Afrique de l’Ouest », entraînant une baisse des exportations de gasoil en provenance de l’UE, du Royaume-Uni et de la Belgique, qui ont atteint un plus bas historique de quatre ans à 29 000 b/j en mai. De même, les exportations russes vers la région ont chuté à leur niveau le plus bas depuis huit mois, avec 87 000 b/j.
Défis réglementaires et locaux
Sur le marché nigérian, le complexe Dangote vend du gasoil à haute teneur en soufre, mais il fait face à des tensions avec les détaillants locaux concernant la vente de ce carburant. En vertu de la loi nigériane sur le pétrole, adoptée en 2021, la teneur en soufre des carburants doit être limitée à 50 parties par million (ppm), conformément aux normes de la CEDEAO de 2020. Toutefois, le régulateur a temporairement autorisé la vente de gasoil avec une teneur supérieure à 200 ppm jusqu’en juin, le temps que les raffineries locales s’ajustent à la nouvelle réglementation.
En Europe, notamment en Belgique et aux Pays-Bas, les règles concernant les exportations de gasoil à haute teneur en soufre se durcissent, mais le complexe Dangote continue de trouver des débouchés dans des régions où les normes environnementales sont moins strictes.
Perspectives et évolution future
Actuellement, le gasoil exporté par la raffinerie Dangote affiche une teneur en soufre comprise entre 800 et 1 300 ppm, bien au-dessus de la limite autorisée de 200 ppm. Toutefois, l’entreprise affirme être en bonne voie pour réduire cette teneur à 10 ppm dans les semaines à venir. Davakumar Edwin, un cadre du groupe, a déclaré que l’équipement nécessaire était en phase de mise en service et que l’objectif serait atteint sous peu.
Cette avancée progressive dans la conformité environnementale, tout en bouleversant le marché ouest-africain, met en lumière les ajustements auxquels devront faire face les concurrents européens et locaux. Le raffineur Dangote continue ainsi de redéfinir le paysage énergétique de la région.

