Le gouvernement d’Ibrahim Traoré au Burkina Faso est confronté à une nouvelle vague de critiques pour avoir ordonné l’envoi de plusieurs magistrats sur le front militaire contre les groupes armés. Après les activistes de la société civile, les personnalités politiques et les journalistes, c’est désormais au tour du corps judiciaire de faire les frais de cette politique.
Au moins cinq magistrats, dont Abdoul Gafarou Nacro, substitut du procureur à Bobo-Dioulasso, ont reçu l’ordre de rejoindre les forces armées. Cette décision, datée du 9 août et rendue publique le 12 août, a suscité des accusations d’ingérence du pouvoir exécutif dans le système judiciaire, certains y voyant une tentative de punir ou de neutraliser des figures perçues comme indésirables.
Selon le contenu de l’ordre de réquisition, le magistrat est instruit de se présenter le mercredi suivant pour être mobilisé au front, avec une période de service renouvelable de trois mois. Il sera détaché au groupement des forces de sécurité du nord, à Kaya, selon une missive signée par le colonel Moussa Diallo, commandant des opérations du théâtre national. Cette démarche soulève des questions sur l’indépendance du pouvoir judiciaire et la gestion de la crise sécuritaire par le régime en place.
Le 11 juillet dernier, lors de son discours de politique générale, le capitaine Traoré avait clairement exprimé sa volonté de « mettre au pas » la justice, sous le prétexte de lutter contre la corruption. Il y avait également affirmé son intention de rester au pouvoir pour les cinq prochaines années, soulignant que les décisions judiciaires contraires à son régime seraient étroitement surveillées.
Depuis son arrivée au pouvoir, les syndicats de la magistrature se sont fréquemment opposés aux directives du régime, dénonçant des dérives autoritaires et des violations des droits. En réponse, Ibrahim Traoré a annoncé son intention de relire le Code pénal, une démarche perçue comme une tentative de remodeler la justice pour mieux servir les intérêts du pouvoir en place.

