Dans un Sénégal où plus de 50 % de la population a moins de 20 ans, un jeune président de 44 ans vient d’être élu sur un programme novateur, rompant avec les schémas politiques traditionnels. Cependant, selon la population civile, c’est Ousmane Sonko qui demeure le véritable concepteur du projet présidentiel, et Bassirou Diomaye Faye devra être son exécutant pour réaliser les aspirations de la jeunesse sénégalaise.
Bassirou Diomaye Faye, également connu sous l’acronyme BDF au Sénégal, devient ainsi le cinquième chef de l’État sénégalais après une élection réussie au premier tour, suscitant les félicitations pour ce succès remarquable.
Bien que présenté comme le « plan B » d’Ousmane Sonko, dont la candidature n’avait pas été validée par le Conseil constitutionnel, le président Bassirou Diomaye Faye est également porteur du « Projet », soulignant ainsi que l’accession à la présidence est davantage une question d’idéologie que de personnalité.
Pour BDF, cette élection marque une consécration à un âge relativement jeune, mais les doutes sur ses capacités ou sa force pour porter ces attentes ont été balayés par le peuple sénégalais, qui a massivement soutenu le « Projet » avec enthousiasme, notamment parmi la jeunesse.
Ce « Projet » vise à transformer la société sénégalaise, symbolisé par la démolition du « système » en place depuis l’indépendance du pays et la recherche de l' »indépendance » véritable. C’est ce récit de la victoire des démolisseurs du système qui a inspiré des millions de jeunes, illustré par l’expression de leur joie et de leurs espoirs pour un avenir meilleur.
Cependant, malgré cette euphorie, le Sénégal fait face à des défis majeurs, notamment le chômage des jeunes et l’essor du secteur informel, symbolisé par les « jakartas » qui envahissent les rues des grandes villes.
Dans son programme électoral, le nouveau président de la République propose une économie endogène performante, reposant sur des mesures telles que la préférence nationale, la formalisation du secteur informel et l’autonomie financière des collectivités territoriales.
Rééquilibrer les partenariats
Le nouveau leader sénégalais aspire à réajuster les alliances internationales de son pays, en particulier en ce qui concerne ses relations avec la France, ancienne puissance coloniale et principal partenaire commercial du Sénégal. Ousmane Sonko a lancé l’idée d’une « ère de rééquilibrage de nos relations avec le monde ».
Cette déclaration reflète une volonté de diversifier les partenariats internationaux du Sénégal et de promouvoir une diplomatie plus équilibrée et indépendante. Alors que la France demeure un partenaire économique crucial pour le Sénégal, le nouveau dirigeant cherche à instaurer une relation plus équitable et mutuellement bénéfique, éloignée des dynamiques historiques de domination coloniale.
Cette démarche pourrait impliquer une révision des accords économiques et commerciaux avec la France, ainsi qu’une ouverture à de nouveaux partenariats stratégiques avec d’autres pays et régions du monde. En renouvelant sa relation avec la France et en recherchant un équilibre dans ses relations internationales, le Sénégal aspire à renforcer sa souveraineté et son développement économique dans un contexte mondial en évolution.
En outre, il souhaite réévaluer les accords de pêche avec les acteurs étrangers, alors que les ressources halieutiques qui font vivre environ 600.000 familles s’amenuisent, pillées selon eux par des chalutiers européens et asiatiques. Il envisage aussi des initiatives sociales et solidaires pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion.
Réforme institutionnelle
Au-delà de ces propositions, Bassirou Diomaye Faye envisage une réforme institutionnelle significative, visant à réduire le pouvoir présidentiel et à renforcer la gouvernance démocratique, en collaboration avec des mouvements de la société civile. Il promet de limiter les pouvoirs du président, susceptible de destitution, de créer un poste de vice-président, d’interdire le cumul des mandats électifs, de lutter contre la corruption et d’instituer des peines alternatives à l’emprisonnement.
Cette élection a donc validé le « Projet » porté par Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, mais le rôle d’Ousmane Sonko dans la réalisation de ce projet reste une question ouverte.
Nouvelle monnaie
Bassirou Diomaye Faye promet également une réforme monétaire, voire la création d’une monnaie nationale, le Sénégal, à la place du franc CFA hérité de la colonisation dans plusieurs pays africains.
Il a souligné durant la campagne que cette mesure, vue avec appréhension dans les milieux économiques, ne serait pas immédiate et ne s’effectuerait que sous certaines conditions strictes.
Il a précisé sa pensée dans un entretien au quotidien français « Le Monde ». Pour sortir du franc CFA, « l’idéal serait de le faire dans le cadre de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avec l’éco« , le projet de monnaie unique ouest-africaine qui tarde à aboutir. « Nous pourrions avoir soit une monnaie nationale arrimée à une monnaie communautaire, soit une monnaie commune« , explique-t-il. Si le projet n’aboutit pas, « nous devrons envisager de prendre seuls notre souveraineté ».



