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jeudi, décembre 11, 2025

90 jours après le coup d’État, le Niger s’enlise

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Au Niger, cela fait désormais trois mois, ce jeudi, depuis que les militaires ont renversé le président Bazoum et pris le contrôle du pays. Le 28 juillet, le général Abdourahamane Tiani est devenu le président du CNSP, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie. Toutefois, ce coup d’État a rapidement rencontré une forte opposition de la part d’une grande partie de la communauté internationale. Ces derniers insistent continuellement sur le rétablissement de l’ordre constitutionnel, une requête à laquelle les militaires demeurent fermement opposés. En conséquence, le pays est soumis à des sanctions de la Cédéao depuis le début du mois d’août, tandis que l’Europe et les États-Unis ont interrompu leur assistance.

Trois mois après le coup d’État, plus le Niger s’enfonce dans la crise, plus la junte durcit le ton contre ceux qui contestent son autorité. Le jeudi 19 octobre, elle a accusé Mohamed Bazoum d »avoir tenté de s’échapper. sans apporter de preuves tangibles. Plusieurs figures de l’ancien pouvoir sont derrière les barreaux, les partis politiques sont eux suspendus. Poursuivie notamment pour intelligence en relation avec une puissance étrangère, la journaliste Samira Sabou a été détenue 8 jours au secret début octobre.

Un raidissement qui s’explique sans doute par la dégradation de la situation économique. Le nouveau pouvoir a été contraint de réduire le budget national de 40 %, avec la crainte à terme de ne plus pouvoir payer les salaires des fonctionnaires. Conséquence : nombre de projets sont à l’arrêt, comme la construction du barrage de Kandadji. Le pays est en parallèle confronté à des difficultés d’approvisionnement en raison du blocus imposé par la Cédéao.

« La pénurie s’installe de plus en plus »

Face à cette situation, la junte tente de faire venir des vivres du Burkina Faso, non sans difficultés. « Avec la dégradation de la situation sécuritaire, ça devient de plus en plus compliqué d’escorter des camions, explique l’économiste Ibrahim Adamou Louché. Tout cela fait en sorte que ça commence à peser sur le stock de la population, analyse-t-il. Le stock local, les gens continuent à y puiser mais naturellement, il ne va pas durer éternellement. Et on sent de plus en plus que ça commence à devenir tendu. La pénurie s’installe de plus en plus dans de nombreux foyers. La situation se complique et les gens commencent véritablement à s’interroger sur les jours à venir ». À côté de cela, l’inflation, elle, ne cesse d’augmenter.

Pour tenter d’enrayer cette situation de crise, les militaires jouent plus que jamais sur la fibre nationaliste, un fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie a récemment été lancé. Pour tenter de l’alimenter, les autorités n’hésitent pas à actionner tous les ressorts patriotiques, comme en témoigne ce reportage diffusé sur l’ORTN, la télévision nationale, dans lequel l’on voit le général Tiani accueillir « une jeune patriote (de 8 ans) » qui a elle-même, affirme l’ORTN, « volontairement » contribué à ce fonds « à hauteur de 825 francs CFA puisés de ses frais de récréation ».

En l’espace d’une petite semaine, selon le quotidien gouvernemental, 150 millions de francs CFA auraient été récoltés, soit un peu moins de 230 000 euros. Une goutte d’eau dans l’océan de dépenses du pays.

Vers une reprise des discussions avec la Cédéao ?

Face à cette situation alarmante, la junte commence à faire des appels du pied à la Cédéao. Dimanche, le général Mohamed Boubacar Toumba, ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, n’a pas écarté l’idée d’une reprise des discussions avec l’instance sous-régionale. 

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