L’Énergie se trouve au cœur de deux aspects fondamentaux de l’avenir de l’Afrique : le développement économique et social, d’une part, et le changement climatique, d’autre part. Et les complexités du continent le plus pauvre du monde apparaissent particulièrement lorsqu’il est question d’Énergie. Pour faire le point, 54 ÉTATS est allé à la rencontre de Nathalie Lum, fondatrice et présidente de CABEF, une plateforme qui invite les États d’Afrique centrale à repenser leur stratégie énergétique.
54 ÉTATS : Qu’est-ce que le Forum des entreprises de l’Afrique centrale sur l’Énergie (CABEF) et qu’est- ce qui vous a donné l’envie de créer une telle plateforme ?
Nathalie Lum : Le Forum des Affaires et de l’Énergie en Afrique Centrale (CABEF) est une plateforme qui vise à promouvoir le développement énergétique durable de la sous-région, en mobilisant les ressources financières et les partenariats nécessaires à la réalisation des projets d’infrastructures énergétiques régionales. Le CABEF est né du besoin d’un espace de dialogue et d’échange entre les acteurs publics et privés du secteur de l’Énergie en Afrique centrale.
Le CABEF organise chaque année une conférence qui réunit les ministres de l’Énergie, les opérateurs énergétiques, les bailleurs de fonds, les experts et les médias, afin de discuter des opportunités et des défis du développement énergétique durable dans la sous-région.

Le CABEF se veut également un catalyseur de projets concrets et innovants comme le projet CAPS dont l’objectif est d’améliorer l’accès à l’énergie, à renforcer l’interconnexion électrique, à diversifier le mix énergétique et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
54 ÉTATS : Combien de ministres de l’Énergie et autres organisations attendez-vous pour cette 3ème édition qui se déroulera au Tchad ? Quel est le thème de discussion choisi cette année ?
Nathalie Lum : Nous attendons environs 17 ministres ; le thème c’est « Assurer la sécurité énergétique dans la sous-région à travers un financement en partenariat public-privé’’
https://youtu.be/0GOa4h9iWEE?si=Dy7xfUJ4uLTB7Pma
54 ÉTATS : Tous pays confondus, les énergies fossiles représentent 81,7 % de la consommation d’énergie dans le monde. La source d’énergie la plus utilisée est le pétrole. Les écologistes réclament l’abandon total du pétrole et du gaz au profit des énergies renouvelables, sur la base de l’Accord de Paris sur le climat, qui vise une réduction de 50 % des émissions d’ici 2030 et un taux net zéro d’ici 2050. Est-ce tenable pour les États d’Afrique centrale ?
Nathalie Lum : La question de la transition énergétique est un enjeu majeur pour les États d’Afrique centrale, qui sont confrontés à un double défi : assurer l’accès à l’énergie à leur population, tout en réduisant leur empreinte carbone. Les énergies fossiles, notamment le pétrole, représentent encore la principale source d’énergie dans la sous-région, mais elles sont de plus en plus contestées sur le plan environnemental et économique. L’Accord de Paris sur le climat, signé par tous les pays de la CEEAC, les engage à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à s’orienter vers les énergies renouvelables. Cependant, cette transition n’est pas facile à réaliser, car elle implique des investissements importants, des réformes structurelles et des changements de comportement.
Le CABEF vise à accompagner les États d’Afrique centrale dans cette transition, en leur offrant une plateforme de dialogue et de partenariat avec les acteurs privés, qui peuvent apporter des solutions innovantes et adaptées aux besoins locaux. Le CABEF estime que la transition énergétique est non seulement une contrainte, mais aussi une opportunité pour la sous-région, qui dispose d’un potentiel important en matière d’énergies renouvelables, notamment l’hydroélectricité, le solaire, l’éolien et la biomasse. Le CABEF encourage donc les États d’Afrique centrale à diversifier leur mix énergétique, en exploitant ces ressources de manière durable et inclusive.
54 ÉTATS : Les populations africaines ne consomment que 3-4% de l’énergie primaire mondiale (pétrole, gaz naturel, charbon, énergie nucléaire, hydroélectricité et autres énergies renouvelables), ce qui est la consommation par habitant la plus faible par continent. Depuis la création du CABEF, avez-vous réussi ensemble, à esquisser un schéma qui permettrait aux pays de la CEEAC de passer de la production à la consommation ? Quelle est la politique du CABEF pour la résolution des problèmes énergétiques des pays de l’Afrique centrale ?
Nathalie Lum : La faible consommation d’énergie en Afrique centrale est un frein au développement économique et social de la région, qui souffre d’un déficit chronique d’infrastructures énergétiques. Le CABEF a pour ambition de contribuer à inverser cette situation, en facilitant le passage de la production à la consommation d’énergie. Le CABEF se veut également un catalyseur de projets concrets et innovants, qui contribuent à améliorer l’accès à l’énergie, à renforcer l’interconnexion électrique, à diversifier le mix énergétique et à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Parmi ces projets, le Central African Pipeline System (CAPS) est sans doute le plus ambitieux et le plus stratégique. Le CAPS permettra ainsi de mutualiser les ressources énergétiques, de réduire les coûts de production et de distribution, et d’améliorer la sécurité et la qualité de l’approvisionnement. Le CAPS représente donc une opportunité unique pour la sous-région de développer son potentiel énergétique, de stimuler son intégration économique et commerciale, et de renforcer sa résilience face aux chocs externes.
54 ÉTATS : La gestion publique des sociétés d’énergie a montré ses limites. Dans quels cadres les entreprises privés peuvent-elles prendre le relais ?
Nathalie Lum : La gestion publique des sociétés d’énergie a montré ses limites en Afrique centrale, où le secteur énergétique souffre d’un manque d’investissement, de gouvernance, de compétitivité et de transparence. Les entreprises privées peuvent prendre le relais dans le cadre des partenariats public-privés (PPP), qui sont des contrats entre les autorités publiques et les opérateurs privés pour la réalisation et la gestion d’infrastructures ou de services énergétiques.
Les PPP présentent plusieurs avantages, tels que :
- Le partage des risques et des responsabilités entre les parties ;
- La mobilisation des ressources financières, techniques et humaines du secteur privé ;
- L’amélioration de la performance, de la qualité et de l’innovation du service énergétique ;
- La réduction du coût et du délai de mise en œuvre des projets énergétiques.
Toutefois, les PPP nécessitent également un cadre juridique et réglementaire adapté et transparent, qui garantit la sécurité juridique, la concurrence loyale, la protection de l’intérêt public et le respect des normes environnementales et sociales.
Le CABEF vise à promouvoir les bonnes pratiques en matière de PPP dans le secteur de l’énergie, en tenant compte des spécificités de chaque pays et de chaque projet.
Le CABEF facilite également la mise en relation entre les porteurs de projets publics et les partenaires privés potentiels, en organisant des sessions de présentation, de négociation et de signature des contrats.
Le CABEF espère ainsi contribuer à renforcer le rôle du secteur privé dans le développement énergétique durable en Afrique centrale.
54 ÉTATS : Avant de nous quitter, parlez-nous du projet CAPS.
Nathalie Lum : Le projet CAPS est un projet ambitieux et stratégique qui vise à construire un réseau transfrontalier de pipelines de pétrole et de gaz en Afrique centrale, qui permettra de connecter les pays riches en ressources énergétiques aux pays pauvres en énergie. Le projet CAPS comprendra trois systèmes de pipelines multinationaux : le Central North Pipeline System, reliant le Cameroun, la Centrafrique et le Tchad ; le Central West Pipeline System, reliant la Guinée équatoriale, le Gabon et le Congo ; et le Central Southern Pipeline System, reliant l’Angola, la RDC, le Rwanda et le Burundi. Le projet CAPS permettra ainsi de mutualiser les ressources énergétiques, de réduire les coûts de production et de distribution, et d’améliorer la sécurité et la qualité de l’approvisionnement. Le projet CAPS sera également accompagné d’une infrastructure industrielle comprenant des dépôts de stockage, des terminaux gaziers liquéfiés, des raffineries et des centrales électriques au gaz.
Le projet CAPS est actuellement en phase d’étude de faisabilité technique, économique, financière, environnementale et sociale. Il bénéficie du soutien politique des États membres de la CEEAC, qui ont signé un mémorandum d’entente en septembre 2021. Il bénéficie également du soutien financier des partenaires au développement tels que la Banque africaine de développement, la Banque mondiale ou l’Union européenne. Le Forum des Affaires et de l’Énergie en Afrique Centrale (CABEF) joue un rôle clé dans la promotion du projet CAPS auprès des acteurs privés potentiels, qu’il s’agisse d’institutions financières régionales ou internationales, de fonds souverains, de fonds d’investissement ou d’entreprises privées. Le CABEF facilite ainsi la mise en relation entre les porteurs du projet et les bailleurs de fonds intéressés par le secteur énergétique en Afrique centrale.
Le CABEF encourage également les bonnes pratiques en matière de partenariats public-privés dans le secteur de l’énergie, en tenant compte des aspects juridiques, réglementaires, techniques, financiers, environnementaux et sociaux.
Le CABEF espère que le projet CAPS sera opérationnel d’ici 2030, et qu’il contribuera à assurer la sécurité énergétique dans la sous-région grâce au financement des partenariats public-privés.
54 ÉTATS : Et le mot de la fin ?
Nathalie Lum : Je remercie le média 54 ÉTATS de m’avoir accordé cette interview. J’espère que vous avez trouvé ces informations utiles et intéressantes. Je vous invite à suivre l’actualité du CABEF et du projet CAPS sur le site officiel du CABEF ou sur les réseaux sociaux. Je vous souhaite une bonne journée et à bientôt.

