Les dirigeants, représentants et délégations de plus de 130 pays sont réunis ces 17 et 18 octobre à Pékin pour le 10e anniversaire des routes de la soie. C’est le 3e forum de ce que les Chinois appellent « l’initiative ceinture et route ».
Cet évènement, malgré son ampleur, a été entouré de la plus grande discrétion. Lundi 16 octobre, on ne connaissait pas encore la liste des invités, ni le programme. C’est souvent comme ça ici, on devine les grands évènements grâce aux changements en ville. Des calicots suspendus aux réverbères de la voie rapide qui va à l’aéroport et des parterres, des murs de fleurs sont apparus il y a dix jours, mais sans les dates officielles. Pour les avoir, il a fallu attendre la semaine dernière. Et puis lundi, branle-bas de combat : des barrières ont été mises sur la plupart des avenues, et des agents et des gardiens ont été déployés tous les dix mètres.
« BRIxit » de l’Italie
Alors, l’objectif est aussi pour le président chinois de défendre un projet qui a généré plus de 1 000 milliards de dollars au cours de sa première décennie, mais aujourd’hui en recul. L’économie chinoise a moins d’argent à prêter. L’activité globale de la Chine dans les pays de la BRI est en baisse d’environ 40%.
par rapport à son pic de 2018, selon Bloomberg, évidemment le Covid-19 est passé par là. Il y a aussi des pays qui devraient sortir des routes de la soie comme l’Italie. Rome ne devrait pas re-signer le mémorandum d’accord à son renouvellement en 2024. Il a beaucoup été question du Brexit quand la Grande-Bretagne a quitté l’Union européenne, là, c’est un Brixit de l’Italie, en quelque sorte.
L’Italie n’a rien gagné sur le plan commercial avec les routes de la soie, bien au contraire, explique Alessia Amighini, qui est co-responsable du centre Asie et chercheuse associée à l’Institut italien d’études politiques internationales : « L’initiative ceinture et route est une véritable catastrophe sur le plan commercial. Nous avons mesuré les effets des accords ceinture et route dans plusieurs pays sur cinq ans – entre 2014 et 2019- ; et on s’est aperçu que dans la plupart de ces pays, le déficit commercial avec la Chine avait empiré. L’initiative ceinture et route est très efficace pour les connexions de la Chine avec le reste du monde, mais pour ses partenaires ce n’est pas tellement un jeu “gagnant-gagnant”, comme ils le disent. L’Italie ne fait pas exception. Avec plus de 49 milliards d’euros de déficit, nous sommes même en haut de la liste des pays qui ont vu leurs relations commerciales avec la Chine se détériorer. »
L’Italie s’apprête donc à quitter la BRI et la géographie des routes de la soie se déplace vers le sud.
Il y a effectivement ce GPS bloqué sur le « Sud global », comme dit la diplomatie chinoise. On a vu les présidents chilien, argentin et sri-lankais parmi les premiers à arriver à Pékin, mais il y a aussi les dirigeants africains. L’Afrique où les investissements des institutions chinoises. de financement du développement (IFD) ont atteint 114 milliards de dollars entre 2013 et 2021, selon un rapport publié par l’Université de Boston.
C’est aussi une histoire d’influence, de nouvel ordre mondial. L’idée de ce 3e forum « ceinture et route » est effectivement de rassembler les amis de la Chine pour défendre le « projet du siècle » du président chinois qui est contesté et doit affronter les chocs extérieurs, à savoir la guerre en Ukraine et aujourd’hui celle au Moyen-Orient qui aggravent encore le fardeau de la dette et de l’inflation. On attend en invitée star Vladimir Poutine qui peut difficilement voyager ailleurs compte tenu du mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale.
Et la Chine devrait profiter de l’occasion, lors du discours inaugural de Xi Jinping ce mercredi 18 octobre, pour présenter sa vision de l’empreinte que Pékin entend marquer sur le monde, qui dépasse le simple aspect commercial.


