Selon l’ONU, environ 1,1 million de personnes ont reçu l’ordre d’évacuer le nord de Gaza vers le sud dans les 24 heures, alors que le Premier ministre israélien a promis d’« écraser » le Hamas.
Une intervention terrestre dans la bande de Gaza est-elle imminente ? Dans un communiqué, l’armée israélienne appelle ce vendredi 13 octobre à « l’évacuation de tous les civils de la ville de Gaza de leurs maisons vers le sud pour leur propre sécurité et leur protection et à se déplacer vers la zone au sud du Wadi Gaza », un ruisseau situé au sud de la ville. « Pour votre propre sécurité et celle de vos familles, écartez-vous du Hamas qui vous utilise comme boucliers humains », exhorte le communiqué, qui appelle aussi les Gazaouis à ne pas s’approcher de la frontière avec Israël. «Vous ne serez autorisé à retourner dans la ville de Gaza que lorsqu’une autre annonce le permettant sera faite», ajoute l’armée.
Selon l’ONU, préalablement informé de cet ordre de « relocalisation », cela représente environ 1,1 million de personnes sur les 2,4 millions d’habitants que compte l’enclave. « L’ordre s’applique à tout le personnel de l’ONU et à tous ceux abrités dans les établissements de l’ONU – y compris les écoles, les centres de santé et les cliniques », a précisé le porte-parole d’Antonio Guterres, Stéphane Dujarric.
L’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a annoncé vendredi le transfert de son centre d’opérations et de son personnel vers le sud de la bande de Gaza. «L’UNRWA a déplacé son centre d’opérations et son personnel international vers le sud, afin de poursuivre ses opérations humanitaires et le soutien à son personnel et aux réfugiés palestiniens à Gaza », a écrit l’agence sur son compte X (ex-Twitter).
Le Hamas « rejette » l’ordre d’évacuer
Quelques heures plus tôt, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait promis, après un entretien à Tel-Aviv avec le secrétaire d’État américain Antony Blinken, d’anéantir le Hamas. « Tout comme l’EI a été écrasé, le Hamas sera écrasé », a affirmé le Premier ministre en référence au groupe État islamique.
Le mouvement islamiste palestinien a rejeté l’ordre d’évacuation. « Notre peuple palestinien rejette la menace des dirigeants de l’occupation (israélienne, ndlr) et ses appels à quitter leurs maisons et à fuir vers le sud ou l’Égypte », affirme ce communiqué. « Nous sommes inébranlables sur nos terres, dans nos maisons et dans nos villes. Il n’y aura pas de déplacement », a ajouté le Hamas.
L’évacuation de Gaza « prendra du temps »
L’ONU, par la voix de son porte-parole, a averti qu’une évacuation d’une telle ampleur était « impossible sans provoquer des conséquences humanitaires dévastatrices ». Dans ces circonstances, « les Nations unies appellent fortement à ce que cet ordre, s’il est confirmé, soit annulé pour empêcher de transformer ce qui est déjà une tragédie en une situation calamiteuse », a-t-il insisté.
« La réponse de l’ONU à l’alerte préalable d’Israël envers les habitants de Gaza est honteuse », a réagi l’ambassadeur d’Israël à l’ONU Gilad Erdan dans un message envoyé à l’AFP par ses services, accusant l’ONU d’avoir « fermé les yeux face au Hamas qui s’armait et utilisait la bande de Gaza pour cacher ses armes ». « Maintenant, au lieu de se tenir aux côtés d’Israël, dont les citoyens ont été massacrés par les terroristes du Hamas, et qui essaie de minimiser les dommages causés à ceux impliqués, (l’ONU) fait la leçon à Israël », a-t-il dénoncé.
Plus tard, dans la journée, ce vendredi, l’armée israélienne a admis que l’ordre d’évacuation « prendrait du temps». « Nous essayons de donner du temps et nous faisons beaucoup d’efforts, et nous comprenons que cela ne prendra pas 24 heures », a déclaré le porte-parole de l’armée, Daniel Hagari, lors d’une conférence de presse.
Le 7 octobre à l’aube, au dernier jour des fêtes juives de Souccot, des centaines de combattants du Hamas ont infiltré Israël à bord de véhicules, par les airs et la mer, pour tuer plus d’un millier de civils dans la rue, chez eux ou en plein festival de musique, semant la terreur sous un déluge de roquettes. Le Hamas a également emmené à Gaza des dizaines d’otages. Une attaque d’une extrême violence qui a sidéré le pays.
Depuis le début des hostilités, déclenchées le 7 octobre par une attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien, environ 1 200 personnes, en majorité des civils, ont été tuées en Israël. Et au moins 258 soldats israéliens, a indiqué vendredi l’armée israélienne. Dans la bande de Gaza, les frappes israéliennes massives lancées en riposte ont fait 1 417 morts, dont de nombreux civils, selon les autorités locales. Après l’attaque, l’armée a affirmé avoir récupéré les corps de 1 500 combattants du Hamas infiltrés.
Israël a riposté en déclarant une guerre pour détruire le Hamas. L’armée israélienne a annoncé jeudi avoir largué sur la bande de Gaza environ 6 000 bombes pour un total de 4 000 tonnes d’explosifs depuis samedi. L’enclave palestinienne est désormais sous blocus total désormais, privée d’approvisionnements en eau, en électricité et en nourriture, coupés par Israël. Et le fracas des explosions, des drones et autres déflagrations est incessant, de jour comme de nuit. Outre les bombardements, l’armée israélienne a déployé des dizaines de milliers de soldats autour de Gaza et à la frontière avec le Liban, pays depuis lequel le Hezbollah pro-iranien, allié du Hamas, lance régulièrement des roquettes contre Israël.
Pendant sa visite-éclair en Israël, Antony Blinken a dit avoir discuté « des moyens de répondre aux besoins humanitaires des habitants de Gaza afin de les protéger, tandis qu’Israël mène ses opérations de sécurité légitimes pour se défendre contre le terrorisme et tenter de faire en sorte que cela ne se reproduise plus jamais». En Jordanie, où il est arrivé dans la nuit de jeudi à vendredi, le secrétaire d’État doit rencontrer le roi Abdallah II et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Ce dernier a rejeté le « meurtre de civils des deux côtés » et exigé « la fin immédiate de l’agression » contre le peuple palestinien.
(Avec agences)


